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« Canonical m’a tuer… »

mai 13th, 2010

L’actualité informatique est comme ça : il y a la petite info ludique, l’info pour adolescente & fanboys et la grosse actu. Assez étonnamment, cette dernière est très souvent délaissée par les blogs technogeek ou alors cachée dans un flot de nouvelles appartenant au deux premières catégories.

blog

La scène de l’internet de ces derniers jours illustre parfaitement  la situation. Je ne compte pas le nombre de blogs annonçants l’info croustillante de photos “inédites” de l’iPhone (catégorie adolescente & fanboys), des bigs brothers awards (la petite info ludique) ou différentes vidéos et bêtises (là aussi, la petite info ludique). Pourtant, il y a une vrai grosse information douloureuse que la majorité des bogs populaires n’a pas ou à peine traité : c’est la rumeur d’une vente de Mandriva!

mandriva-logo

C’est sûr que Mandriva à vendre, c’est moins attractif que “Apple attaque HTC”, “HTC s’allie à Microsoft et attaque Apple” ou que tout le blabla autour des iPad et iPhone 4 (mon article sur l’iPad avait d’ailleurs provoqué plus de visites en 2 jours que le reste de l’actu de la semaine). La geekerie, ce n’est plus ce que c’était, Closer devrait se lancer dans le marché, les geeks sont devenus fan de futilités ! Dommage, d’autant que ces acteurs qui ne sont pas sur le devant de la scène sont souvent les plus grands moteurs de l’innovation. En tous cas, Mandriva l’a été. Pour illustrer mes dires, je vous propose un petit voyage dans le temps.

convecteur_temporel

Back to the futur : Mandrake story board

Il y a quelques années, tandis que l’acnée me rongeait le front, la passion de l’info grandissait en moi. Dans cet élan, j’ai voulu connaitre le coté obscur de la force et me suis intéressé aux logiciels libres. A l’époque, j’entends encore les barbus attendris (Michel, si tu me lis…) me conseiller : “pour débuter, installe une Mandrake”. Mandrake, c’est l’ancien nom de Mandriva, choisit en 2005 suite à la fusion avec Conectiva et quelques déboires avec les ayants droits du célèbre magicien des années 50 Leon Mandrake.

mandrake

Mandrake Linux est le nom de la distribution GNU/Linux développée par la société francaise Mandrakesoft. Basée sur Red Hat, l’objectif de Mandrake est d’offrir un système d’exploitation stable, accessible et donc réellement concurrentiel face au géant Microsoft (à l’époque Apple n’avait pas encore beaucoup le vent en poupe). En 2005, Mandrake Linux devient Mandriva Linux avec toujours les mêmes objectifs. Drivers nombreux, communauté de développeurs importante et active, suite logicielle conséquente : pari gagné pour Mandriva qui devient LA distribution linux grand public. Je me souviens même avoir trouvé des CD Mandriva à coté des box XP à la fnac. En effet, Mandriva proposait à la vente (et propose toujours) une partie de ses produits avec un service client béton à la clé. Mandriva, forte de sa notoriété, a participé à de nombreuses innovations techniques (les premiers coups d’essai de Compiz Cube se firent sur Mandriva) et a proposé les premiers Linux réellement “out of the box”, c’est à dire exploitables sans bidouilles.

mandriva_compiz

Parallèlement à son développement sur station de travail, Mandriva propose aussi des suites serveur réputées et quasi-irréprochables, elles aussi payantes et assorties d’un solide support. Mais quand on est l’étoile qui monte, le plus dur est de le rester. Si pendant longtemps Mandriva était une des seules distributions grand public réellement efficaces, en 2004 un autre géant du libre fait son apparition : Canonical!

Canonical vs Mandriva : players fight!

tux_fight

Ubuntu d’un coté, Mandriva de l’autre, les OS des deux sociétés sont de réelles pépites libres. Mais Mandriva fait des choix techniques et commerciaux qui vont lui valoir une perte de notoriété.

D’un point de vue technique d’abord, l’intégration de KDE, comme gestionnaire de fenêtre, est décrié pour sa ressemblance avec Windows et sa lourdeur. Canonical pour sa part mise sur Gnome pour sa distribution Ubuntu. Là où Mandriva, forte de son héritage Red Hat, utilise les paquets d’installation RPM, Ubuntu basée sur Debian utilise les paquets DEB et synaptics souvent plus stables. Enfin, pour un meilleur support de technologie, Mandriva la première transige avec les principes du libre et intègre des solutions non-libres à certaines de ses distributions, s’attirant ainsi les foudres des partisans de l’informatique libre.

canonical

Et puis, Mandriva se heurte à un commercial hors pair : l’entrepreneur sud-africain Mark Shuttleworth, créateur de Canonical. Là où la stratégie de Mandriva la mène vers les pays émergeants et l’Amérique centrale, Canonical s’accoquine avec Google et équipe les serveurs du géant de la recherche. Si la stratégie de Mandriva est plus “humaine” et libriste, celle de Canonical lui assure une notoriété immédiate. Même K3vin le hack3r tourne sous Ubuntu. Enfin, Ubuntu a développé une plateforme commerciale mais son OS reste avant tout gratuit (à ce sujet, la réflexion de Cyrille rappelle que beaucoup commencent à s’intéresser au monde du libre avant tout pour sa gratuité). Attention, je ne veux pas tomber dans le travers du raccourci et limiter la situation à ces quelques faits, mais ceux-ci illustrent idéalement l’affrontement de ces géants.

Alors c’est foutu pour Mandriva ?

Non et heureusement. Mandriva est toujours particulièrement active et porteuse d’innovations. Sa rapide insertion dans le marché de l’instantOS (là ou Ubuntu ne devrait pas proposer sa solution Light avant 6 mois), ou la distribution de ses solutions sur divers médias dont l’USB illustre, entres autres, son savoir faire. De plus, comme Arnaud Laprévote directeur de Mandriva l’indique sur son blog, sa société est très présente dans le monde du libre. Sa présence est de plus en plus importante en Amérique du sud et en Asie avec notamment la distribution de PC directement équipés de Mandriva. Et puis, la suite serveur de Mandriva reste une des plus réputées, notamment grâce à son support irréprochable. Après tout, comme le rappelle Arnaud Laprévote, les propositions de rachat d’une société comme la sienne sont fréquentes.

Et puis, si Mandriva doit parfois pâtir de ses choix, Canonical n’est pas à l’abri du même problème. Ubuntu aussi intègre de plus en plus de logiciels et drivers non libres, s’est fait débouté par ses utilisateurs au sujet du choix de Yahoo comme moteur de recherche et tend vers une interface mac-like décriée par les puristes. Si je pense, qu’en effet, Canonical est responsable de la perte de vitesse de Mandriva dans l’informatique grand public rien n’est encore joué. La popularité grandissante de Linux et l’arrivée d’un nouveau géant du monde Linux, Google, risque de venir encore tout changer. Souhaitons tout de même à Mandriva de garder le cap et de tenir bon, la multiplication de moteurs d’innovations ne peut en soit que favoriser l’insertion du monde libre dans l’informatique.

Cathegorie(s): Dossiers, Software