Banner
Banner
Banner

Le modèle économique du libre n’est-il qu’une chimère?

Par - le décembre 1st, 2010

Suite à mon article sur les 10 raisons de choisir Linux…ou pas, on m’a reproché le point “Linux est gratuit (du moins majoritairement)”. En effet, il balaie les efforts que font nombre de libristes pour justifier que libre ne signifie pas gratuit et surtout il enterre ceux fait pour encourager les dons pour soutenir les projets libres. Je profite donc de cette occasion pour exprimer mon sentiment au sujet du modèle économique du logiciel Libre.

Commençons pas le commencement, bien que je ne sois en rien un expert en la matière, plus j’y réfléchis et plus je constate la précarité du modèle économique du libre. Je m’explique. Si de grands groupes open-sources comme Mozilla sont capables de bien vivre et ont un bilan financier solide, soyons honnête, la majorité des petits acteurs du libre n’en tirent qu’un seul bénéfice : la gloire (ahah je me gausse!!). Pourtant, je les entends les fréquents arguments du modèle économique de l’open source…

Free is not free… but we are not stupides

Bien sûr, je ne suis pas un économiste mais je gère mon budget, et garde un œil (un peu candide) sur les marchés financiers et je réfléchis quant à la façon d’utiliser mon argent le plus judicieusement possible. Il me semble évident que si je peux gratuitement accéder aux sources d’un logiciel, je serais idiot de l’acheter. Ou niais? Alors moi, le slogan free is not free me fait doucement rire…

Je ne pense pas que les gens soient plus mauvais que moi en terme de gestion de budget, ou stupides. Alors, j’élimine cet argument sans m’étendre.

Donnez, donnez, donnez, donnez moiiiiiiiiii!

L’informatique libre repose sur un modèle communautaire, un modèle d’échange. Pour beaucoup, le moyen de faire vivre l’informatique est donc le don. Vous aimez un projet, alors vous le soutenez par un don qui fera vivre l’association qui le porte.

Malheureusement, le français ne donne pas. Du moins, il ne donne que lorsqu’une ONG lui soutire une larme à grand coup de poster illustrant un pauvre petit bout famélique nord africain qui va se faire battre par ses parents avant de sauter sur une mine. Ou à la limite, s’il se dit qu’en donnant 1€, il permet à la croix rouge de continuer à voir Adriana montrer ses lolos à la télé… C’est dommage.

Adriana

Concrètement, seules les grosses associations parviennent à tirer leur épingle du jeu et encore, souvent difficilement. L’excellent(e?) Framasoft souffre d’un manque de fond et fait un appel aux dons, à l’image des fréquents appels de Wikipedia. Alors, les petites…

Et si ces galères ne suffisait pas, on retrouve les misères des licences encore!

TimCruz est un vieux chnock qui dit aussi du mal des licences open source

S’il ne suffisait pas qu’il existe un nombre assommant (c’est le terme) de licences, j’en ai fait les frais lors de la publication de Ardilla, celles-ci cassent souvent dans l’œuf toutes possibilités de création d’un projet avec financement se basant sur les sources d’un autre projet. Alors si elles protègent le projet initial, c’est très bien, mais je croyais que la force de l’open source était que le partage des sources favorisait les nouveaux projets?

Et la licence Creative Commons alors? Si déjà l’affaire Florent Gallaire semble donner un vilain coup à la crédibilité de la licence, celle-ci est aussi un poids pour bien des usages. Je vais prendre mon cas, celui d’un bloggeur non influent pour qui donc les dons ne tombent pas du ciel (j’ai viré le bouton don de GDF après 8 mois de pure folie financière et un bénéfice de 0€) et devant qui les boites de comm’ ne rampent pas pour bénéficier de l’effet de pub. Alors pour payer le coût de mon hébergement et les frais que provoquent mon site (frais d’envoi des produits testés ou offerts aux lecteurs, etc.), j’ai réfléchi à l’opportunité publicité. Mais il m’arrive de parler de projets open source sous licence creative common by-nc-sa. Soucieux de respecter les accords de licence, j’ai interrogé les petits gars de Creative Commons France sur la pub. J’ai obtenu cette démoralisante réponse :

“La notion de NC n’est pas tranchée de manière définitive et nous ne sommes pas habilités à donner des conseils juridiques. Si vous considérez que l’utilisation est commerciale, et la publicité fait partie des cas fréquents, vous pouvez contacter le site concerné et demander le retrait.”

Même si vous ne vendez pas le produit sous licence NC et ne faites pas commerce directement grâce à celui-ci mais que vous financez votre site par de la publicité, vous êtes dans votre tort. Au final, si j’opte pour de la publicité, je renonce à faire la promotion de production sous licence NC. Qui est le réel perdant? Moi ou celui qui aurait pu gagner un peu en visibilité grâce à mon modeste article? Et encore, j’ai eu l’honnêteté de me renseigner… J’en connais des blogs qui passent outre et le font tout de même!

Le salaire obtenu par un projet open source sera directement lié à l’originalité du projet en question

On m’a fait remarquer que si je veux qu’un projet soit porteur, il doit être original, unique et révolutionner le logiciel, comme VLC ou Firefox l’ont fait. Outre la prétention hors du commun de cette réflexion, j’assume : je ne suis pas un génie. Je suis un informaticien qui désire pouvoir vivre de ses compétences et pouvoir gagner un poil plus en soutenant une politique informatique qu’il aime. Pour ce faire, je serai sous peu auto-entrepreneur. Si je désire créer une petit solution logicielle qui ne révolutionnera pas l’informatique – mais pourra répondre à un besoin – et le commercialiser, honnêtement, suis-je un sale type?

Je n’ai pas le temps, les ressources et les compétences de faire plus! Oui, des boites percent dans le libre; des boites d’ingénieries très souvent. Je n’ai pas la chance d’être un ingénieur et de proposer une usine à gaz sous Linux aux entreprises. Il me reste la possibilité de proposer des services aux personnes, TPE et PME. Mais pour beaucoup de solutions, si le choix de Linux et de l’open source devient pour moi moins intéressant que le logiciel propriétaire, n’est ce pas une faille évidente dans la politique open source?

La communauté est et reste la solution à un modèle économique viable pour l’open source

Face à ces interrogations, on m’a rappelé qu’une valeur de l’open source est de proposer un modèle pour lequel tout ne se limite pas au fric! Le libre peut rapprocher les gens et créer des relations qui n’existent pas honnêtement quand son seul objectif est de faire son bénéfice sur le dos de son prochain. Actuellement, je le crains, le modèle économique lié au libre ne marche pas.

Je veux toutefois, pour ma part, continuer à y croire pour ce qu’il peut apporter sur le court, long et moyen terme. Si les gens commencent massivement à s’intéresser au modèle open-source, il ne sera plus quantité négligeable et sera plus viable financièrement. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, j’en doute souvent mais malgré tout, je veux en être! Jean d’Ormesson disait lors d’une Interview qu’il se sent souvent plus proche de ses opposants que de ceux qui partagent ces choix et opinions. Je le comprends : autant je support le libre, autant j’ai plus de facilité à en dépeindre les failles. Maintenant, mon article n’a vraiment pas vocation à nourrir le troll mais il est porteur d’une question à laquelle j’espère vraiment vite trouver une réponse : le modèle économique du libre n’est-il qu’une chimère? Ou a-t-il en fait une dimension qui m’a totalement échappée?

Enfin, j’en profite pour le rappeler, Framasoft a besoin de vous!

Vous n’avez tout de même pas envie que l’on crée un poster d’un petit gnu famélique qui après avoir mangé un brin d’herbe contaminé par le gnu-fou va se faire charcuter à l’abattoir, pour vous décider à faire un don?

Tags: , , , ,

15 commentaires to “Le modèle économique du libre n’est-il qu’une chimère?”

    P@radox :

    Bon article, bonne reflexion.

    C’est vrai qu’actuellement le libre, c’est un peu comme le communisme, c’est une idéologie qui ne sera peut-être jamais viable si le monde continue à tourner ainsi.

    al.jes :

    Il me semble que tu oublie un point : si le Libre est difficilement rentable, c’est au sein du système économique de capitalisme financier au sein duquel on se trouve !
    Avec un système de Revenu de Vie Universel, la question du financement d’un projet ne se pose plus obligatoirement. Et du coup le Libre y a toute sa place.
    Mais c’est vrai que ça nécessite de changer de paradigme financier, ce qui prend du temps…

    TimCruz :

    @al.jes : je n’oublie pas ce point mais actuellement et pour très longtemps encore, je pense, la société s’est orienté vers le capitalisme. On devrait sincèrement réfléchir à le rendre compatible avec l’économie contemporaine telle qu’elle est et pas que l’on voudrait qu’elle soit.

    que veux tu dire par « Avec un système de Revenu de Vie Universel »? Une sorte de communisme 2.0?

    al.jes :

    Of course not… Je compte faire un article sur le RVU… Je te préviendrais quand je l’aurais publié ^^

    Philippe :

    Pour le RU il y la pétition en cours ici
    http://appelpourlerevenudevie.org/
    et au delà la notion de dividende universel
    http://www.creationmonetaire.info/2010/05/les-4-arguments-du-dividende-universel.html
    avec un passage sur la création libre
    Attention on est pleinement comme le dit al.jes dans le changement de paradigme.
    En complément le SPD allemand a mis le RU à son programme…
    http://www.creationmonetaire.info/2010/11/allemagne-le-psd-inscrit-le-revenu-de.html

    vincent :

    Je te conseil (si pas déjà fait) de lire un petit bouquin (accessible en ligne) du nom de « The Cathedral and The Bazaar » de Eric S. Raymond. Ça pose de bonnes bases.

    Almathie :

    L’open source et le capitalisme peuvent très bien fonctionner en commun.

    Le modèle économique du libre, le vrai, c’est le service. En d’autre terme, c’est publier son logiciel sous licence libre et profiter des bénéfices que le libre peut apporter pour faire des sous d’un autre façon. Par exemple :
    – Aider à l’intégration du logiciel dans une entrprise
    – Vendre des formations d’utilisation du logiciel
    – Vendre le fait de développer des fonctionnalités « privées »

    Voici quelques exemple de logiciels libres qui rapportent beaucoup d’argent via ces biais :
    Aider à l’intégration du logiciel en entrprise (Canonical, Novell, Red Hat). Vendre des formations (symfony, ruby on rails). Vendre le fait de développer une fonctionnalités privée (open erp). Sans compter que certains logiciels open source se font « forker » dans des projets propriétaires. Il est alors intéressant pour l’auteur de ces projets propriétaire de sponsoriser le développement du truc open source (XBMC).

    Les avantages de l’open source sont principalement :
    – Aide au développement via la communauté
    – L’élargissement de la base de clients potentiels

    Dans tout les cas, le fait d’être rémunéré sous entends au final de créer un produit dont la qualité et l’utilité sont telles qu’il en devienne valorisé. Ce qui est effectivement une base du capitalisme : si presque tout le monde se fout de ce que vous faites, vous ne gagnez pas d’argent. Ce n’est, selon moi, pas quelque chose de fondamentalement choquant. Mais qui gène assez les partisants du RU (liens de phillipe), visiblement.

    TimCruz :

    @Almathie : je ne suis pas à 100% d’accord. Je m’explique : sans pour autant créer un projet qui soit aussi costo que les produits Canonical, etc., je peux avec mes petites compétences créer un petit logiciel qui je sais saura satisfaire à quelques besoins de petites mairies et écoles dans mon coin.
    Si je le publie en open-source, il ne faudra pas longtemps avant que quelqu’un me tape les sources. Donc je ne peux pas le vendre et ne peux que vendre le service. Or l’objet de la solution est d’être très simple et accessible donc la formation sera quasi nulle.

    Maintenant, imagine que ce même logiciel, je le publie sous licence proprio. J’aurai le prix de vente (même petit du logiciel) en plus de celui des services associés. Autrement dit, le fait que je soutienne l’opensource me fait perdre de l’argent.

    Comme je le dis dans mon article mon objectif n’est pas de rouler sur l’or et abuser des gens. C’est de gagner ma croute quand j’ai un petit salaire pour 40hr travaillée, n’étant que technicien info.

    vengeur masqué :

    Moi je veux bien posé avec une tenu comme celle d’adriana si ça peu te faire avoir des dons.

    TimCruz :

    @vengeur masqué : MDR! Non, toi je veux bien te faire un don pour que surtout tu ne poses pas comme Adriana!!!!!!!!

    tibboh :

    Bon article. Un poil déprimant, mais non dénué de fondement.
    Il en ressort cependant que le modèle économique du libre (dev libre/services payants) est viable si et seulement si le projet est complexe (comprendre: hors de portée d’un individu)
    Quelques exemples ont été donnés.
    Celà revient à dire qu’on peu aborder le développement libre de façon altruiste (associative) ou économique (lucrative).
    Dans ce dernier cas, il faut monter un projet, une équipe, une ambition commune afin d’atteindre la masse critique.

    Présentée ainsi, la problématique ne devient plus spécifique au libre: une entreprise individuelle, sans idée géniale, a peu de chance de dégager de bons profits. Tout au plus de vivoter.
    Une entreprise commune, basée sur un projet révolutionnaire et viable aboutira sans doute à un succès commercial.
    Donc, non. le modèle économique du libre n’est pas TOUJOURS une chimère.

    AUTRE POINT IMPORTANT:
    « je serai sous peu auto-entrepreneur ». Je le suis, et je dis attention aux écueils. cf. http://eco.rue89.com/2010/11/26/la-taxe-oubliee-qui-menace-les-autoentrepreneurs-177872

    seb38590 :

    Lorsque j’entends que sun a été racheté et que madriva ne va pas bien, je pense que l’ opensource c’est bien, mais que bill se marre bien, surtout du haut de son bateau de luxe avec son hélico posé dessus.

    NB: j’ai fait un don à ubuntu… je l’aime et je le soutien :), merci pour cet article, qui remet les pieds sur terre.

    NB: j’aime aussi les pub de la croix rouge avec adriana.

    Al :

    Déjà la question a un énorme biais : le logiciel libre n’est pas une entreprise, il n’a par définition pas de modèle économique.

    Il y a par contre des entreprises dont le modèle économique repose sur l’édition et le service de logiciels libres.

    Le don a des projets libres sert dans l’ensemble a pas grand chose. Quel est le composant majeur des distributions qui est développé et maintenu par un barbu dans un garage ?
    Kernel, X, drivers, bureau (kde = nokia), IDE… Quasiment tout est réalisé par des entreprises, des fondations, des communautés sponsorisées…

    Bref, c’est une question et un débat qui n’a ni queue ni tête.

    PS : je connaissais pas le RVU, il semblerait que c’est déjà opérationnel au pays des bisounours.

Laissez un commentaire

Catégorie(s): Dossiers, Software