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Les indés et le libre : Un conte d’hexagones

Par - le février 27th, 2013

openhex

Ceci est une traduction d’un billet invité sur le blog anglophone FreeGamer qui est, je trouve, assez symptomatique de la méconnaissance de la philosophie du logiciel libre chez les développeurs indépendants de jeu vidéo.

Open Hexagon de Vee Software est un jeu assez récent, mais même au cours de sa jeune existence, il a déjà réussi à susciter toute une série de controverse, la question étant qu’Open Hexagon n’est rien d’autre qu’un clone libre d’un jeu populaire sur iOS / Android, Super Hexagon, créé par le tout aussi populaire développeur indépendant Terry Cavanagh.

En fait, les clones de jeux vidéo ne sont pas du tout quelque chose de négatif ou de rare, et ils existent depuis pratiquement les débuts de l’histoire du jeu vidéo. Cependant, le développeur d’Open Hexagon, Vee, s’est retrouvé récemment lui-même la victime de dénigrements, la raison derrière ces attaques est qu’il a décidé de sortir son propre clone du jeu avant la version PC très attendue sur la plateforme Steam de Super Hexagon. Cela s’est traduit par une légion de fans enragés de Terry Cavanagh qui se précipitèrent pour accuser Vee d’être un voleur, un menteur, toute une variété d’autres noms d’oiseaux plus ou moins désagréables et d’insultes.

Pour expliquer clairement la situation, Open Hexagon est non seulement un logiciel 100% libre, programmé à partir de zéro en utilisant le langage C++ et la bibliothèque SFML (contrairement à Super Hexagon, basé principalement sur Adobe Flash, mais avec un portage sur PC lui aussi complètement refait en C++) et ne coûte pas un centime pour être téléchargé. Il n’a pas été conçu pour concurrencer Super Hexagon, et il n’essaye sûrement pas de tirer profit de son concept original, en aucun cas. Mais il semblerait qu’il attire effectivement plus l’attention que le jeu original. Et comme si cela ne suffisait pas, le développeur a pris le temps et la décence de demander la permission à Terry Cavanagh de créer son jeu, alors qu’il n’en avait nullement l’obligation.

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Tweets entre les deux développeurs.

Par la suite, Vee dû se confondre en excuses auprès de tous les fans de Super Hexagon, puis a finalement obtenu l’approbation de Terry Cavanagh pour son jeu, malgré le fait qu’il n’ait jamais été contre cette idée, et cela, dès le premier jour. Je suppose que tout est bien qui finit bien, mais même si les réactions de la part de Terry Cavanagh étaient assez modérées, je ne peux toujours pas m’empêcher de penser que de tels problèmes auraient pu être facilement évités, si lui, et les autres développeurs indépendants comme lui, avaient pris l’habitude de distribuer le code source de leurs propres jeux, ce qui a, en fait, déjà réussi dans le passé avec des résultats étonnamment positifs.

Traitez-moi de fou, mais je trouve ça dérangeant de constater que cette nouvelle génération que l’on appelle des développeurs « indés » et leurs partisans s’autoproclament avant-gardistes de l’originalité dans le jeu vidéo, et comme un mouvement contre-culturel qui s’oppose aux stéréotypes de l’industrie du jeux-vidéo et de ses pratiques négatives, et montre aussi peu de compréhension et de sensibilité sur la question des logiciels libres, et comment cela pourrait être utilisé pour aider et valoriser les autres développeurs amateurs / indépendants comme eux-mêmes. Le résultat est que l’on voit se répandre l’idée fausse, à leurs disciples, que pour une quelconque raison, les concepts de jeux sont la propriété exclusive de leurs auteurs, et que la copie et l’innovation sur les idées des autres est une chose néfaste. A l’instar de Vee qui a fait preuve d’assez d’éloquence sur le sujet dans sa lettre d’excuses, ce qui me fait me demander pourquoi il n’y a pas plus de gens comme lui dans ce nouveau cercle des indépendants:

En tant que développeur indépendant de jeux, j’ai voulu créer ma propre version du jeu pour rendre hommage, pas seulement comme une expérimentation, mais aussi comme une expérience totalement nouvelle: je voulais rendre le jeu complètement ouvert, à la fois comme un produit libre et open source, et aussi comme un jeu personnalisable et scriptable, afin de permettre aux gens de partager leurs créations et de s’amuser.

En fin de compte, le jeu lui-même est assez simple. Vous êtes un triangle qui tourne autour d’un hexagone. Les Polygones arrivants veulent votre mort, vous devez donc les éviter. Cela semble assez facile, non? Il s’avère que non. Et il pourrait aller au-delà de cela, si vous êtes disposé à aider, parce que, contrairement à Terry Cavanagh, Vee a conçu son jeu en pensant à la personnalisation et la liberté de scripter, colorer et construire facilement vos propres niveaux de quelques façons que vous le souhaitez.

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La version 1.3 est sortie (1.52 pour GNU/Linux et 1.6 pour Windows à l’heure où j’écris cet article) avec plein de nouveautés à une fréquence quasi-quotidienne, puisque Vee est encore en train de façonner son jeu en une expérience plus originale, un processus dans lequel vous pouvez aussi participer! Donc, si vous êtes tenté par un jeu de réflexion et de réflexes, vous voulez vous amuser à bricoler vos propres casse-têtes pour des heures d’amusement, ou même de les montrer à vos amis, par tous les moyens, téléchargez Open Hexagon, jouez-y et partagez vos propres niveaux avec les autres!

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1 commentaire to “Les indés et le libre : Un conte d’hexagones”

    Tumulte :

    L’une des caractéristique des jeux « indés » est d’avoir inventé le jeu d’auteur. A l’époque où je jouait personne personne n’était foutu de nommer un seul concepteur (à part Kojima ou Miyamoto peut-être). On connaissait les studios, pas les gens derrières.

    Depuis pas longtemps les magazines prennent les « créateurs » en photos, leur font raconter leur vie… Bref, on tombe dans le même travers que la musique ou le cinéma où on va louer des « génies » créatifs tout en ignorant complètement le travail collectif qui va avec (bibliothèque de programmation, languages, savoir commun, etc…).

    Du coup, si dans le monde du libre (où ces idées sont bien implantées) on trouve ça carrément courageux qu’un type recrée un clone d’un jeu en libre… Parce qu’il fabrique du bien commun… dans les milieux plus conventionnels on voit un « créateur » qui s’est fait « volé ».

    N’importe quel libriste comprend l’absurdité totale de la phrase précédente… mais il faut bien se rendre compte a quel point ces idées sont profondément ancrées dans la conscience collective.

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Catégorie(s): Jeux Vidéo